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08 août 2007

Les détenus font leur direct

La maison d’arrêt d’Amiens a sa chaîne de télévision depuis 10 ans

Depuis sa création à l’occasion du 1er festival du film d’Amiens il y a dix ans, Canal 10, la chaîne des détenus de la maison d’arrêt d’Amiens est passée de quelques heures de programmes par jour à une diffusion 24 heures sur 24 dans toutes les cellules. Toute la journée, des courts métrages, des documentaires, des programmes de découverte de livres ou d’artistes, des reportages sur la santé ou sur les métiers se succèdent. Mais la nouveauté vient du journal de la chaîne : désormais les détenus le tournent dans les conditions du direct.

Studio de canal 10 lors des répétitions du journal télévisé

Studio de canal 10 lors de l'enregistrement d'une émissionTout le monde s’active dans la salle d’enregistrement vidéo de la maison d’arrêt d’Amiens en cette matinée du mardi 31 juillet : ce sont les répétitions du journal télévisé de l’après-midi. Conrad et Marcel sont déjà derrière leur caméra en train de faire leurs réglages, Laurent est chargé des lancements vidéo, des télétextes et de la graphie tandis que Franck fera le montage des reportages. Stéphane est le présentateur. Les portes du studio sont fermées, les deux spots d’éclairage sont branchés et les trois caméras se braquent sur Stéphane.  Le conducteur du journal est  prêt : aujourd’hui le premier sujet évoqué sera le décor du futur plateau télé qui a été réalisé par les détenus sous l’égide de l’artiste Bertand Siffritt ; puis les maillots de l’équipe de foot finaliste du tournoi de la maison d’arrêt seront remis en direct et enfin viendra le moment du poème récité en langue picarde.

 

Studio de canal 10 lors de l'enregistrement d'une émissionDerrière, Didier Dubuffet de l’association Amiens avenir jeunes encadre les détenus : “Marcel tu préfères dire ton poème picard en direct ou l’enregistrer, parce qu’en direct ce sera à toi de rattraper s’il y a un problème” “on a trois minutes pendant le reportage pour installer les footballeurs sur le plateau” “Conrad, tu installeras ce siège”. “Ca devient une vraie pièce de théâtre” lâche un détenu observant la scène derrière la table de montage. Didier Dubuffet se charge des tournages extérieurs. Il tisse aussi petit à petit différents partenariats comme avec l’ANPE. Cette dernière participe à la conception de séries sur le thème “comment faire un CV et une lettre de motivation”ou de reportages de découverte des métiers. Les associations locales ont été également approchées. Les trois quartiers de la maison d’arrêt (hommes, femmes et mineurs) contribuent au fonctionnement de canal 10 : une demi-journée par semaine, un décrochage est organisé vers le quartier femmes et un morceau de rap a été composé par les détenus du quartier mineurs pour illustrer un des reportages.

 

Studio de canal 10 lors de l'enregistrement d'une émissionPour les détenus, la participation à Canal 10 n’est pas une activité carcérale comme les autres : “ il y a toujours du travail pendant toute la semaine dans cette activité” lance Laurent avant de poursuivre “elle est plus longue que les autres qui ne durent en général qu’une matinée ou une après-midi”, “et puis pendant ce temps, on n’est pas enfermés en cellule” conclue Marcel.  Outre l’audiovisuel, cet atelier permet de découvrir d’autres centres d’intérêt : “ah non, moi avant je n’étais pas informatique du tout” affirme Laurent “au début j’ai eu du mal mais j’ai appris vite” dit-il tout en maniant la souris de son ordinateur avec grande dextérité. A la fin de la répétition il lance le titre qu’il vient tout juste de fabriquer pour conclure le journal du jour : “à bientôt” s’affiche sur tous les écrans.

 

 

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